Le poème du jour ( plutôt noir ... ) : " De puérile à sénile, la vie file, " de ... Pierre
Ce poème n'est pas gai, je le reconnais, mais il illustre une dure réalité ...
La vie, c'est la vie: ce n'est pas tous les jours qu'on rigole,
parole, parole, ce n'est pas tous les jours qu'on rigole.
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De puérile à sénile, la vie file,
Quand on est môme,
on veut devenir grand
mais ça traîne, ça traîne, c’est énervant !
Un jour, on choppe ses quinze ans
quinze ans c’est bon
même s’il faut engager la guerre des boutons !
Mais on n’est jamais content
et on attend ses vingt ans impatiemment !
Et ils arrivent en même temps que le régiment !
Là, on t’apprend à faire la guerre
pas celle des boutons : la vraie !
C’est pas beau la guerre
mais s’il faut la faire, autant savoir !
Encore que, maintenant la guerre
soit de plus en plus une affaire de … boutons !
On tourne en rond !
Tranquillement tes trente ans se pointent
avec femme et enfants.
Trente ans, tu as encore bien du temps devant toi !
Mais les quarante arrivent et passent !
Les cinquante ans sont à l’horizon, menaçants !
Et paf ! Tu te les prends dans les dents !
Aïe ! Un demi-siècle ça fait mal !
Il est loin ton premier bal !
La moitié de ta vie
… pour peu que tu atteignes tes cent ans
car ce n’est pas écrit noir sur blanc
loin s’en faut : elle veille la tordue à la faux !
Après, ça file, ça file
comme le sang des hémophiles !
Les années déboulent et s’enfilent !
Que tu sois Ehpadophile ou Ehpadophobe
en pantalon ou en robe
tu as peu de chance d’y échapper à la boite à séniles !
Tu peux être tranquille !
Tant que tu peux te traîner encore un peu, ça va.
Mais quand tes cannes
ne suivent plus, même avec des cannes,
tu es mal ! Drôle de bal !
Et là, tu recommences la guerre des boutons :
ceux sur lesquels tu appuies
pour que l’on vienne s’occuper de toi.
Les rouges, les jaunes ou les verts !
Les verts … couleur de l’espérance
et toi tu es là en errance !
Ça sent le rance, ça pue la décadence !
Ça ne sent pas bon, pas bon du tout !
La vieillesse te colle à la peau,
parlons-en de ta peau au passage,
elle aurait besoin d’un bon repassage :
elle froisse, elle plisse, elle bouloche
C’est moche !
Le plus con, c’est que tu ne peux
même plus sauter du balcon !
Et là, tu traînes ta misère
avec tes frères ou tes sœurs de fauteuil.
Puis, un à un, ils se vident les fauteuils
ça sent le deuil.
Tu restes seul, livide.
Et l’autre, la faucheuse, elle attend
tranquille, sûre d’elle :
elle ricane la sauterelle !
Elle compte : il faut qu’elle ait son compte !
Elle a horreur de se tromper, elle vérifie ses décomptes !
Un d’oublié, qu’elle honte !
Elle aussi doit rendre des comptes
… à qui ?
Puis, ton tour vient,
tu l’attendais, c’est bien.
A son tour ton fauteuil reste vide,
il attend le prochain ou la prochaine
pas misogyne pour deux ronds, c’est bon.
Ça roule pour lui !
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